Groenland

FACE au 66° : une expédition givrée au GROENLAND

Enfin, je peux vous livrer le récit de cette expédition hors normes. Vous aurez remarqué qu’il m’a fallu du temps pour le publier ; le temps de revivre mes souvenirs, de les mûrir et de pouvoir vous les restituer dans toute leur intensité. Ce récit est composé à partir des notes que j’ai prises chaque jour de l’expédition pour ne rien oublier. Aujourd’hui, alors que je relis chaque détail et sensation, tout me parait encore si récent et pourtant quelques mois se sont écoulés ! C’est donc sur la table de mon salon, dans une atmosphère à 31 degrés, que je termine ce que j’ai commencé, le partage de cette incroyable expédition.

10 jours d’expédition « glacée » en immersion dans cette nature brute et sauvage.

Avant de démarrer cette aventure, il a fallu s’y préparer. Aussi bien physiquement qu’en termes de logistique (voir notre précédent article). Jamais je n’aurais imaginé avant ce 15 mars 2018, tracter une pulka de plus de 20 kilos sur plusieurs jours dans ces immenses étendues blanches. Et pourtant la vie ou tout simplement Camille nous réserve bien des surprises.

Avant de rentrer dans le vif de cette expédition, nous avons fait une halte à Reykjavík (en Islande) pour récupérer notre matériel. Cette parenthèse sur cette île est toujours un plaisir, l’occasion de manger une gourmande glace à l’islandaise dans cette belle capitale.

Jour 1 : Le départ, le jour tant attendu 

D’abord on arrive à l’aéroport local de Reykjavík. Nos sacs d’expédition posés sur nos pulkas, on avance tels des sauveteurs avec une civière entre les mains.

Dans ce minuscule aéroport, on patiente tranquillement sur un banc avant l’enregistrement. C’est là qu’on fait connaissance avec Pascal, un Français, parti rejoindre un groupe pour une aventure en chiens de traîneaux.

Pour passer un peu le temps, je m’avance à la seule petite boutique de souvenirs de l’aéroport et j’achète une jolie carte du Groenland. Et puis je pense à ces prochains jours, alors je m’asperge un peu de parfum. Sur le moment, je hume ces douces notes fleuries et puis je songe à l’effort qui se profile. Un ours va t’il me sentir au loin ? Trop tard, ces petites gouttes de douceur parfument ma parka de compét’.

L’excitation est au plus haut.

L’heure du départ approche, on contourne la piste puis arrivés sur le tarmac, j’aperçois un petit avion. Le plus petit avion que j’aie jamais pris (je ne compte pas l’hydravion). Forcément je suis un peu surprise de voir les hélices tourner depuis le hublot.

Le commandant de bord annonce un problème technique. 15 minutes plus tard, à 11h30, l’avion est enfin prêt à décoller. J’observe l’hôtesse de l’air de la compagnie Air Iceland avec sa casquette noire en laine. Très élégante, je la regarde s’installer et nous faire le déroulé des consignes de sécurité.

Quelques tours de pistes plus tard, on s’envole. A droite les montagnes Islandaises et à gauche dans le lointain des immeubles colorés.

Nous sommes seulement 6 dans un avion de 21 places. Ceci n’est qu’un avantage à mes yeux, avoir la possibilité de se déplacer facilement pendant le vol pour jouer des différents points de vue depuis le hublot. Sous un joli soleil d’hiver, la vue est irréelle à l’approche des glaciers.

Atterrissage à Kulusuk

10h40 heure locale on débarque à KULUSUK. Un minuscule aéroport où nous ne devions faire qu’une escale.

Une fois les pieds posés sur la piste, on réalise enfin que nous y sommes. Pas vraiment d’informations sur la suite, on nous annonce que notre correspondance en hélicoptère n’aura pas lieu ce jour.

Nous étions préparé à ce genre d’imprévu.  Cette expédition au Groenland se mérite et se savoure.

Alors on patiente avant de regagner le seul hébergement de Kulusuk destiné aux voyageurs. Cette halte imprévue ne nous déplaît pas, on aime bien les surprises.
On prend possession de notre petite chambre. Une moquette bleu roi floquée aux motifs d’oursons blancs.  Ce n’est pas vraiment le décor auquel je m’attendais dans un petit hôtel au Groenland. Et pourtant c’est très cosy. Il y  fait chaud comme dans les foyers en Islande.

Découverte du village

Aussitôt installés, on part à la découverte du village situé à 2 petits kilomètres. Sous un magnifique ciel bleu, on observe cette vie. Les sensations sont incroyables. Le seul fait d’avancer dans cette neige entourée des glaciers emprisonnés dans la banquise est magique. On prend conscience de notre chance. Des enfants crient, jouent et nous devancent en skis tractés par une moto neige.

Leur vie semble tellement captivante. Jamais je n’aurais imaginé pareille activité de divertissement pour les enfants. Un peu plus loin, on devine ce village tout coloré accompagné par l’aboiement des chiens en fond sonore.

On s’imprègne de l’ambiance, on flâne dans le village, on observe chaque détail.

Soudain, une femme Groenlandaise se jette dans mes bras et me tiens les mains en me demandant mon prénom. Très touchante, sa spontanéité m’a dans un premier temps surprise et puis j’ai compris en sentant une odeur « festive » s’évaporer. Et oui, si vous m’avez suivie, ça aide toujours un peu à s’ouvrir aux autres. Elle m’a en tout cas beaucoup amusée.

Et puis quelques mètres après un homme nous salue depuis la fenêtre de sa maison rouge. Très curieux de notre présence, il s’intéresse beaucoup à nous. Il finit par descendre pour nous donner rendez-vous plus tard prendre le goûter dans une maison voisine. Willy Phipps est d’une grande gentillesse, il parle très bien anglais et tenait à nous inviter à cette fête.

On découvre cette maison cosy. Toutes les chaussures sont disposées dans un sas à l’entrée. En effet, de mémoire, il devait y avoir une vingtaine d’après-ski entreposés. Et c’est sans compter les bonnets et les moufles colorés. Ce qui me frappe le plus c’est cette grande cuisine blanche qui contraste avec la couleurs des murs, mauve/lavande. La table du salon est recouverte de gâteaux et sucreries. Vous voyez, ce genre de gros gâteaux américains ornés de crème au sucre. Cette tradition d’une fête avant l’entrée au CP est un événement semble t’il marquant dans la vie d’un Groenlandais. Nous étions vraiment contents d’y assister. Et puis la jeune star de la journée semblait apprécier toutes ces festivités.

Je ne pouvais clore ce passage sans faire référence à leur petite touche locale, celle de la dégustation de poissons crus, baleines et phoques. Installées sur une bâche en plastique noir, ces femmes découpent en sashimis ces gros poissons. Camille s’y colle. Il ne semble pas emballé mais l’assemblée lui sourit et le remercie d’avoir gouté.

Ce moment privilégié est inespéré pour nous fraîchement débarqués.

On ne pouvait pas rêver meilleure rencontre pour ce premier jour totalement improvisé. Comme quoi dans la vie, il y a des retards ou des annulations de vols qui ont du bon.

Rencontres avec les locaux

Cette rencontre est propice à mettre en avant les témoignages que nous sommes venus chercher. Comme expliqué dans notre précédent article, l’idée était de recueillir le ressenti des populations locales sur les conséquences du réchauffement climatique.

Willy Phipps sera le premier à répondre à nos interrogations.  Impossible pour lui de pas comparer son immense île aux années passées.

« Il y a 7 ans la banquise se formait tôt dans l’année civile (octobre-novembre). Cette année il a fallut attendre février 2018 pour pouvoir marcher sur la banquise. Elle était trop fragile quelques mois plus tôt et en décembre ce petit village perdu dans ce fjord de l’est a reçu beaucoup de pluie.

Ce constat de base sur le réchauffement climatique n’est pas sans conséquence. (The warming affects your lifestyle). Avec le réchauffement les animaux disparaissent et les chasseurs partent de plus en plus loin sur le territoire. Économiquement cette nouvelle logistique à un impact également sur leur métier. Après cette belle rencontre, on décide de profiter du soleil et de cet air pur dans le village.

Noé et Nudia, deux jeunes enfants du village, nous suivent. Un coup ils sautent sur le dos de Camille, et un autre sur le mien. Je crois tout de même qu’ils ont eu une préférence pour les bras de Camille. Il faut dire que sa grande taille les attire pour jouer. Plus haut ils s’accrochent sur lui, plus ils sont contents ! C’était vraiment amusant. Entre glissades sur la neige et éclat de rires on s’est dit qu’ils avaient vraiment l’air heureux sur leur banquise.

Voila comment nous sommes devenus l’attraction des enfants. Jouer à s’en épuiser sans vraiment réaliser que nous étions enfin arrivés au Groenland.

Une première journée si riche 

Éblouis par cette merveilleuse journée, on retourne à notre hôtel, le ciel devient de plus en plus rosé au coucher du soleil.

Vers 17h50, on se met à table. Directement, on se jette sur le buffet avant de fermer les yeux à 20h00.

Dix heures de sommeil plus tard, je réalise à peine que nous sommes au Groenland depuis mon petit lit de 90cm.  Je profite du luxe de mon avant-dernière douche avec leur savon stimulant aux extraits de sauge. J’imagine que le froid extérieur va déjà me stimuler. Et puis vient le moment du petit déjeuner, ce dernier repas avant de retrouver notre totale autonomie. Au menu : pain, fromage, œuf brouillés, saucisse, haricots à la tomate, muesli vanille et une pâtisserie à la crème.

Après ce petit déjeuner gargantuesque, on a eu une mauvaise surprise. Connaitre l’abandon. Personne n’est venu nous récupérer à l’hôtel pour regagner l’aéroport. Nous partons à pied pendant 20 minutes avec toutes nos affaires sur le dos. Le confort est terminé et c’est une bonne « mise en bouche » pour ce qui nous attend.

Jour 2 : Une nouvelle étape en hélicoptère, direction Tasiilaq

Nous retournons dans le petit aéroport de KULUSUK. Une petite boutique de souvenir fermée, quelques places assises, des affiches d’ours. Le décor est planté. Nous patientons une heure avant de prendre notre hélicoptère. Je suis à la fois impatiente et stressée à l’idée de décoller. C’est notre baptême à tous les deux.  Une fois installée, casque vissé sur les oreilles et quelques photos pour immortaliser, je me sens surexcitée.

Le décollage se fait tout en douceur. J’imaginais tellement un décollage rapide, cockpit vers le bas comme pour les opérations de sauvetage. Allez donc savoir pourquoi ? Je suis très étonnée de n’avoir qu’à peine senti l’engin décoller.

J’assiste avec Camille à l’un des plus beaux moments depuis le départ de cette expédition. On n’en perd pas une miette. Et Pascal, non plus. Le temps est plutôt couvert mais on distingue si bien la banquise, les icebergs et le relief de ses montagnes.

 

Atterissage à Tasiilaq

Tasiilaq, on traine nos pulkas dans la neige pour regagner la Red House. Notre point de départ avant de démarrer l’expédition. On ouvre la porte du refuge et c’est ROBERT PERONI en personne qui nous accueille. Un explorateur tombé amoureux de cette île il y a déjà quelques années et auteur de nombreux ouvrages sur le Groenland. Il nous fait le tour du propriétaire. On découvre alors un grand chalet, similaire à nos refuges mais en beaucoup plus confortable.

On prend possession d’une minuscule chambre dans un bâtiment annexe avant de décider d’aller explorer la banquise et les alentours du village. Je dois avouer qu’on prend à peine le temps de se poser mais c’est tellement une chance de vivre cette expédition au Groenland qu’on veut profiter rapidement de découvrir cette vie sur place. Et puis en traversant le village de Tasiilaq en ski, on arrive au bord d’un petit port.

La rencontre des pêcheurs

Les bateaux de pêche sont une nouvelle fois emprisonnés. Les moteurs dépassent à peine. C’est assez impressionnant. D’énormes containers aussi colorés que les habitations habillent les bordures de la banquise.

Et puis après quelques mètres d’initiation au ski nordique sur la banquise, des reflets turquoises contrastent avec l’ambiance grisâtre de la journée.

C’est si beau on poursuit en direction d’un homme qui s’appelle GUSTAV. Fil de pêche en main et cigarette dans l’autre, il patiente assis sur son traineau en bois.

La scène semble décalée, Camille et moi en ski- pulka vivaces et curieux et lui patiemment posé.

Il n’est toutefois pas timide et se rend disponible par échanger avec nous. Avec LARS son frère, ils pêchent depuis plusieurs années mais les temps semblent de plus en plus difficiles. Malheureusement on en connait tous la triste raison.

Paulo PAPY.

Lunettes de skipper , doudoune bleue et moustache mal rasée, on regarde cet homme d’une cinquante d’année. La rencontre fut mémorable. Il nous raconte que sa fille étudie en France dans la ville de Lyon. Alors en tant que petits Français vous imaginez que les échanges ont été d’autant plus facilités. Un trou dans la glace, une nouvelle ligne de 130 mètres, un peu de patience et le tour est joué. Tel est son secret et plus généralement celui des autres pécheurs.

Camille décide à son tour de pêcher, Paulo lui confie sa ligne, il agite la ligne dans l’eau quelques secondes puis soudain, il rigole en disant « je crois avoir une touche ». Il s’empresse donc de remonter avec Paulo des mètres et des mètres de fil de pêche. Et Tadam ! La chance du débutant lui a sourit. Il a péché un poisson à l’apparence déjà congelé. Paulo était super fier et n’a pas regretté d’être déconcentré quelques instants pour converser avec nous.  Bien sûr, je n’en ai pas perdu une miette pour immortaliser la scène.

Notre journée entraînement s’est achevée vers 16h00.

C’était vraiment incroyable d’observer toutes ces maisons colorées depuis la banquise. Fascinant de réaliser que nous sommes à l’autre bout du monde, témoins de cet endroit auparavant imaginable seulement par les reportages. Je ne sais pas vraiment comment vous le décrire. Les locaux sont d’une extrême gentillesse et même, si peu bavards, ils sont souriants et contents de répondre à nos questions. Ils apprécient même être photographiés.

Retour à la red House

La journée est passée à une vitesse folle et pourtant le temps semble figé. On retourne à la Red House. Cette grande maison rouge toute en bois avec ces grandes ouvertures donnant sur le fjord enneigé. En hauteur plusieurs bottes traditionnelles sont exposées. Il y a même une vitrine d’objets en os et dents de phoques, des cartes postales, des écussons d’expédition.

On part se prélasser du côté de la bibliothèque avant de discuter avec Robert. Ils nous accorde un peu de son précieux temps dans son bureau. Carte en main, Camille entame une discussion sérieuse, celle de notre itinéraire mais aussi et surtout celle de la météo. Sans une météo clémente rien n’est possible. On se plie donc aux conditions extrêmes dans lesquelles ils vivent en faisant face aux aléas de cette aventure.

On se sent tellement chanceux d’être dans cette partie plus sauvage du Groenland. La Red House affiche complet avec une population ces jours là plus proche de l’âge de la retraite.

Très tôt le lendemain, Camille se lève pour observer le temps depuis notre petite fenêtre de chambre. Plutôt couvert, il doute quelques instants.

Jour 3 : feu vert donné, l’expédition peut commencer

Il est 8h00 après une rapide entrevue avec Robert, il grimace avant de nous donner le feu vert. On laisse derrière nous la Red House. Pulka dans une main et ski dans l’autre, on fait le tour de la ville afin de regagner l’itinéraire recommandé. Le village semble désert comme un lendemain soirée. Des canettes de Carlsberg sont écrasées dans la neige laissant apparaître sa couleur verte. On croise d’ailleurs un homme titubant avec une mini-radio à la main.

En arrivant sur la banquise, une brume semble vouloir s’installer.  C’est beau !  Un homme en moto neige s’arrête pour nous saluer pendant que nous faisions notre première pause pour immortaliser ce départ.

Fiers de prendre le départ avec pour seul objectif regagner le Village de Tiniteqilaaq. Nos skis glissent plutôt bien mais le poids des pulkas se fait déjà sentir. Ça me donne une bonne idée de la difficulté qui reste à venir. A Tasiilaq, la vie continue. Le village se fait de plus en plus minuscule avant de se retrouver en totale déconnexion. Un premier contact avec ce monde merveilleux de glace.

Plus loin on aperçoit un attelage de chiens de traineaux. Ces compagnons à quatre pattes semblent hors de tout contrôle. On a beaucoup de tendresse à les regarder passer.

Ce moment est magique. Je me répétais inlassablement : « On est au Groenland en ski nordique et pulka à admirer ce traineau passer sous nos yeux » !

L’itinéraire que nous suivons est fréquenté. C’est aussi le seul pour rejoindre Tiniteqilaaq.

On croise une quinzaine de motos neige et une petite dizaine d’attelages traditionnels de chiens de traîneaux.

Passé le premier lac, c’est une première montée de col qui nous attend. Camille passe devant.

L’effort était très intense. Au delà de ce que je pouvais me l’imaginer. Les conditions météo n’étaient pas avec nous, beaucoup de pluie rendant cette course plus compliquée.

Pendant l’effort, Camille recule de 15 mètres. Embarqué en arrière par le poids de sa Pulka, il n’a pas pu lutter. C’était impressionnant. J’observe les traits de son visage déjà tirés en m’interrogeant vraiment sur nos chance de succès. Sans trop réfléchir à l’après, je m’efforce d’avancer en jetant un œil à droite et à gauche de peur de croiser un ours.

Les traces des motos neige nous induisent quelque peu en erreur.

On s’est compliqué la vie à déchausser et tirer la pulka.

On continue d’avancer jusqu’à la fin de ce premier lac. Une immense étendue blanche entourée de petites montagnes. La traversée nous a semblé interminable. Encore en forme je songe à continuer et Camille montre quelques signes d’hypoglycémie. Pour autant, on poursuit avec pour objectif : s’arrêter déjeuner à la fin du lac. Déjà midi, avec un réveil à 5h00, il n’est pas étonnant qu’on ait faim. Purée au poulet bio pour deux, agrémenté d’un délicieux pain d’épices aux grains de sucre et son carreau de chocolat noir noisette. Le tout accompagné d’une petite tisane.

La traversée est vraiment longue. A deux on est plus fort mais le moral ne suit pas toujours !

On reprend notre itinéraire en suivant les traces. Le rythme s’intensifie. Je gagne en vitesse et puis dans les montée quand il s’agit de tirer un peu : mes épaules basculent en arrière. Les élastiques de la pulka accrochés sur mes mousquetons grincent comme des ressorts.

Moitié du chemin parcouru, on aperçoit 3 petites huttes. Exténués, on cherche a en ouvrir une, puis deux puis trois. Ces SUMMER HOUSE sont finalement fermées. Pourtant la carte indiquait une cabane. Épuisés et détrempés par la pluie et la neige fondue on ne pense qu’à  s’abriter.

Et puis avec de la persévérance on aperçoit ce petit bout de cabane brut à l’allure moins esthétique.

Ouverte, on décide de s’y installer. L’installation est sommaire, une planche de bois et quelques clous pour étendre nos effets, C’est une entrée en douceur pour notre première nuit en bivouac hivernal. Et quel luxe ! Quand je me refais le film de la journée à lutter contre la neige et la pluie. Cette nuit de répit on l’a savourée.

Et le bilan de cette journée est plutôt très positif, malgré quelques douleurs par ci par là. On n’est pas peu fiers d’avoir parcouru ces 21, 55 km à 2,5 km/h de moyenne avec 440 m D +. Et puis la présence de ces quelque personnes souriantes nous saluant sur notre chemin m’a rassurée.

Un début d’expédition en 8h00 de temps. Ici pas le choix on est en mars au Groenland, il faut donc  s’adapter.

Jour 4 : A mi-parcours dans la brume et sous la neige

Notre réveil sonne à 6H00. Camille part à la rivière remplir nos gourdes pendant que je peine à m’extirper de mon duvet. On ouvre la petite porte en bois de notre abris. Définitivement, le temps n’est pas avec nous. On avale un thé et quelques pâtes de fruits avant de remettre nos vestes humides et pourtant ce sont des modèles conçus pour les expéditions alors c’est pour vous dire à quel point les conditions étaient mauvaises.

En rechaussant, mes skis et en replaçant mon harnais dans le dos, je suis assez surprise de ne pas être courbaturée de mes douleurs au dos de la veille. Aujourd’hui on entame la seconde et à priori dernière partie de notre expédition pour rejoindre le village.

Petite fausse note de la veille et avec la fatigue, nous avions oublié de retirer les peaux de phoques sur nos skis. Pour l’histoire, la peau de phoque est un tissu/ velours collé à la semelle du ski pour ne pas glisser. En montée ça nous permet carrément de ne pas dévaler la pente en arrière. En les laissant à l’extérieur, le mauvais temps ne leur permettant pas de sécher, nous avons beaucoup mais alors beaucoup accroché la neige. Vous imaginez bien la suite… La progression a été de plus en plus difficile.

Le décor est tout blanc, pas un soupçon de montagne à l’horizon, pas de végétation, seulement deux points rouges dans cette immensité.

On repart comme jamais avant de craquer dans une nouvelle montée. On s’arrête chacun notre tour. Front posé sur nos bâtons. Je ressens cette désagréable sensation de stagner.

J’entends Camille pousser quelques cris de difficulté. Paralysée par la peur de ne pas y arriver, je reste silencieuse au même point. D’interminables minutes s’écoulent avant que mon mental reprenne et que je décide d’avancer tête baissée avec mon fardeau.

Les élastiques de ma pulka se rétractent pour me faire reculer une nouvelle fois. J’ai l’impression de revivre le scénario de la veille, de façon plus intense. C’est un échec, larmes aux yeux, Camille vient à mon secours.  Restera cependant en mémoire, cet incroyable moment qu’a été la traversée du glacier.

Jour 5 : Découverte de ce village du bout du monde, Tiniteqilaaq

La première partie de cette expédition est  terminée. Plusieurs jours se profilent devant nous.  Le temps de reprendre des forces avant de rentrer, mais surtout d’appréhender de plus près cette vie locale, celle des ses habitants qui nous fascine tant.

4h 30 du matin, les chiens en meute se mettent à aboyer. Un peu déboussolée, je ne savais plus vraiment où j’étais.

Je pousse Camille en lui chuchotant qu’un ours se trouve peut être autour de notre tente. Plongé dans un sommeil lourd et profond, il ne me répond pas. Ma nuit de sommeil est écourtée par des bruits très certainement imaginaires. L’idée de voir un ours polaire sur la banquise dans son environnement me fascine autant que cela m’effraie. D’ailleurs il n’est absolument pas rare d’en voir dans ce fjord bien au contraire. En revanche, une rencontre fortuite au mauvais moment et pendant notre sommeil ne me séduisait absolument pas.

Emmitouflés dans nos duvets douillets, je n’ai pas la force de sortir. Et pourtant ce serait dommage de ne pas profiter de cette nouvelle journée qui s’offre à nous.

Camille sort finalement le premier. Je commence à ranger son matelas, son duvet et puis finalement je prends conscience qu’il est sympa ce campement tout près des chiens. On décide alors de se faire un brin de toilette avec de l’eau sur le visage et puis on laisse toutes nos affaires dans la tente. Les villageois nous saluent et tentent d’éviter de marcher sur les piquets de notre tente.

Et puis, un homme déjà passé devant nous, revient.

La rencontre

Il s’agit de notre « voisin ». Il habite la maison la plus proche de notre tente. Il mime des mains le froid en se frottant les bras. Pouce en l’air je lui fait comprendre que tout va bien. Ensuite, il nous dit simplement « food » en approchant ses mains de la bouche. Et puis on comprend qu’il nous invite à le suivre chez lui.

Il est très tôt et on rentre dans sa maison au petit matin. On se déchausse dans le premier sas. Une entre fermée dans lesquelles sont entreposées les affaires pour l’extérieur bottes gros manteau comme à KULUSUK. Sa femme qui devait certainement guetter la scène depuis la fenêtre de sa cuisine avait préparé une boisson chaude et de quoi manger. De toute évidence ils nous attendaient, leur petite table carrée était dressée. Nos échanges sont très limités à cause de la barrière de la langue mais en mimant et en montrant les objets ont parvient à se faire comprendre. Cette rencontre généreuse du matin nous a donné envie de les revoir dans la journée. Je leur demande de m’écrire leur nom : la femme s’appelle IDA WILLE et son mari Kristen KARI. Afin de les remercier et d’immortaliser ce moment, nous leur tendons le patch de notre expédition. Il nous remercie de la tête, déplace sa chaise pour monter à l’étage de sa maisonnette.

Et quand il redescend c’est une boite entre ses mains qu’il nous tend.

Il l’ouvre délicatement et nous dévoile toute sa collection de patch. De forme plutôt ronde mais pas que, des patchs très colorés et très anciens. Camille est fasciné. Kristen en choisit minutieusement un en le tendant à Camille.

Au tout début, on ne comprend pas qu’il s’agit aussi d’un cadeau. Je crois bien qu’il a touché au plus profond de son cœur Camille. J’en ai presque eu la larme à l’œil. La fatigue n’aidant pas je suis en effet très émotive.

On décide de les laisser car IDA part à son travail pour 9H30. C’est heure à laquelle ouvre PILERSUISOQ, le petit supermarché du village.

En se baladant dans le village, le tour est très rapide, il y a semble t-il une cinquantaine d’habitants seulement. Leurs infrastructures se résument à une salle des fêtes, une citerne pour l’eau, une école et ce petit supermarché dans lequel IDA travaille.

La récréation

La sonnerie de la petite école retentit. Quelques écoliers s’empressent de sortir de leur salle de classe dévalant les escaliers à la vitesse d’une balle rebondissante. Bonnet dans une main et luge dans l’autre, ils grimpent un peu plus dans les hauteurs. Spectateurs de la scène dans un premier temps nous ne perdons pas une miette de ce début de récréation. Et puis finalement, Camille s’est retrouvé a animer cette folle course de vitesse en leur donnant le top départ. C’était extraordinaire, trois d’entre eux étaient installés en haut de la pente et d’autres en pleine glissade dans leur piste à bosses. Ils passaient sous nos yeux et nos objectifs à une vitesse folle pour leur jeune âge.

On est resté une bonne demi-heure à les observer les enfants s’amusaient avec leur luges. Depuis Bordeaux jamais je n’aurais imaginé cette vie des enfants groenlandais à se laisser emporter dans une course de luge

Et pourtant la preuve en image tout sourire dans les airs, on n’a pas pu s’empêcher de photographier cette scène dans leur cour de récrée glacée.

On devient rapidement l’attraction du village, pas de touristes, seulement eux et nous « les étrangers » venus observer leur vie. Et pour vous donner un image plus concrète, la balançoire de ces petits écoliers de TINITEQUILAQ est avec vue sur le glacier. On est loin de nos cours de recréation ou du tout moins des souvenirs lointain que j’en ai. Ça change des bacs à sable 😉

La sonnette retenti, il est temps pour eux d’aller étudier. Scotchés à leurs fenêtres, ils nous font des coucou à n’en plus finir. On décide de s’éloigner pour les laisser se concentrer. On le découvre sur place mais ce village très isolé dans ce petit fjord de l’est ne dispose pas de l’eau courante dans les foyers. Il y a une citerne depuis laquelle nous remplissons quotidiennement nos gourdes.

Ce jour là -et ce malgré un ciel plutôt couvert,  la lumière est aveuglante. Comme hypnotisés, on scotche sur la banquise qui semble une nouvelle fois figée. Et quand je m’imagine l’été, ça doit être le ballet des  icebergs qui s’échappent dans l’océan. Une heure plus tard, nous étions encore assis sur ce banc.

On a du rester une heure sous la neige à admirer cette scène. Et puis il faut dire que nous avons le temps. Rien ne semble pourvoir nous déconcentrer, pas de connexion, pas internet, pas de « vrai toît ».  Nous sommes un peu des nomades avec pour seul repère notre petite tente jaune.

On continue la ballade à la recherche de Kirsten surnommé Kari, notre ami du matin pour aller à la pêche.   Dommage pour nous on le croise sur le chemin du retour. Il grimace en regardant son traineau. La pêche fût médiocre, seulement 4-5 petits poissons. Ils sont tellement gentils à nous sourire et nous faire des signes de remerciement des mains.  On ressent beaucoup de bienveillance à notre égard.

Contre toute attente, et ce même entourés de glaciers et d’icebergs, on a reçu le plus chaleureux des accueils.

La vie au village 

Un peu plus loin en retrait du village, on a décidé de prendre de la hauteur. Avec nos pulkas en guise de sac à dos cette fois-ci, on a grimpé plus haut. Depuis ce nouveau point de vue on a pu apercevoir  la calotte glacière et le fjord SERMILIK.

Tout au loin, Camille me montre du doigt deux points noirs. Mon premier réflexe, des ours ?

Ce sont deux pêcheurs/chasseurs très éloignés qui prennent beaucoup de risque pour pêcher. Et le plus incroyable on a pu prendre conscience de cette scène grâce au drone. Sur cette immense île formée à 80 % de glace, il faut savoir que ses habitants, les Inuits, peuple de chasseurs initialement nomades vivent pour la plupart sur les côtes pour s’adonner à leur activités : la chasse et la pêche.  C’est impressionnant de voir ces deux points noirs se déplacer sur ces blocs de glace segmentés.

Le réchauffement climatique menace chaque jour leur sécurité sur les glaciers. En ont-ils tous conscience ? Plus qu’un joli décor de carte postale, la glace leur est utile pour se déplacer. Le spectacle est impressionnant d’en haut. L’un d’eux teste la solidité de la glace pendant que l’autre tente de passer son traineau sur lequel sont entreposés deux phoques. Brigitte Bardot serait indignée mais pour autant dans ces terres hostiles, la chasse est un métier pour survivre. Les quelques traces de sang laissées par ces mammifères marins sur la glace peuvent en heurter certains. Et c’est bien normal, il s’agit d’une scène de vie quotidienne et ancestrale pour le peuple Inuits.

Après un rapide déjeuner on repart dans notre tente. Le temps de s’allonger, bouquiner pour enfin attendre l’heure. Celle de l’ouverture du seul espace public du village :  la salle des fêtes.
A 19h00 pile, la jeune femme ouvre la porte et déneige devant la maison. Le soir cette salle est dédiée aux adultes. C’était notre découverte de la veille. Chauffage, quelques chaises, un babyfoot, deux tables de tennis-de-table, une console et instrument de musique.

On reprend nos petites habitudes de la veille, Camille met en marche la bouilloire pour faire chauffer l’eau pendant que je m’applique à disposer nos vêtements : parka, gants, pantalon de la journée pour les faire sécher.

Le bouton de la bouilloire saute, c’est l’heure ! A table, nos plats lyophilisés sont fins prêts à être dégustés.

Et pour le dessert, Camille s’accorde une éreintante partie de tennis de table. Plus qu’un jeu ici, un sport. Petit souffle sur la raquette. Plusieurs tourniquet dans la main cheveux tirés, les voilà en sueur et surtout lorsqu’un autre homme au maillot du Barca arrive. Alors là c’est la guerre. Je ne vois presque plus passer les rebonds de la balle pourtant couleur orange fluo. Il met une puissance dans ses services, à se déplacer de part et d’autre de la table. C’est la folie. Pendant ce temps d’autres personnes on pris les manettes de la Wii pour jouer à Super Mario et à l’étage un artiste pousse la chansonnette avec les instruments de musique mis à disposition. Ici c’est véritablement la salle de divertissement. Tennis de table, Baby-foot, Nintendo, instrument de musique. et billard, les jeux ne manquent pas.

Après les merveilleuses découvertes de la journée c’est place aux éclats de rires et grognements des perdants. Assez amusants. Quelques lumières pour tamiser l’ambiance sont installées en haut

Comme dans La Boom. J’imagine que c’est aussi leur boîte de nuit, quand il y a une occasion, un mariage, une grande fête.

On marche quelques mètres avant de regagner notre tente. 22h02, nous sommes couchés. Et c’est la première fois qu’on veille aussi tard. Je n’ai pas vraiment envie de dormir et j’entends un peu les chiens aboyer.

La maison de notre ami Kristen de ce matin est éteinte. Lui aussi doit dormir avant d’aller à la pêche demain.

Ce fut une journée encore différente et riche en rencontres.

Jour 6 : Quand le quotidien s’installe

Le temps semble plus dégagé, on regarde le thermomètre toujours négatif mais très correct pour un mois de mars au Groenland. Des corbeaux volent dans le ciel. Seuls témoins de cette vie matinale. C’est la première fois qu’on voit des oiseaux depuis que nous sommes arrivés. Le paysage est poudré de blanc du sol au toit des habitations. Les habitants ne semblent pas encore levés. Je pars, après-skis pas lacés chercher de l’eau à la citerne. Après avoir évité plusieurs chutes dans la neige, j’arrive enfin pour remplir nos gourdes. Et puis en revenant à la tente Camille discute avec Kristen. C’est comme si nous étions membre du village. On ne choque finalement plus dans le décor.

C’est incroyable la banquise s’est totalement déplacée en l’espace d’une journée. Les pêcheurs rencontrés la veille ne pourraient absolument pas passer par le même chemin.

On reprend nos habitudes, petit tour à la salle municipale. On se réchauffe et en profitons pour dire bonjour aux habitants du village. Les enfants nous font des signes de la main en guise de coucou. C’est comme s’ils s’étaient habitués à nous et inversement. On repère les habitudes de chacun. Aller à l’ouverture du supermarché ou ceux qui sont partis avec leurs chiens. On observe vraiment la vie au village. Kristen passe nous faire un coucou avant d’aller réparer son bateau. On reprend nos skis pour profiter du paysage et grimper tout en haut du village.

J’observe l’éclaircie et les deux bateaux de pêcheurs passer. Seul le passage du bateau donne du mouvement à ce paysage glacé.

Et puis ne sachant réellement quoi faire, comme des nomades ne sachant pas où aller, on retourne à cette bonne vieille salle municipale. Pas d’adultes, mais une petite dizaine d’enfants, vous savez ceux qui jouaient la veille en luge. On les retrouve en pleine partie de Lego.

Camille capture un moment assez unique. Les enfants jouent aux Lego et l’un d’entre eux refait une scène de chasse. Un bateau avec des pêcheurs dans lequel se trouve un phoque chassé et non loin un ours qu’il mime affamé. Complétement fou ! Cette scène reflète tellement leur quotidien. Un quotidien si éloigné du notre. Je me demande même ce qu’un enfant du même âge en France aurait interprété comme scène avec ses Lego.

On repart sur la banquise en suivant le chemin par lequel nous sommes arrivés. Je suis Camille dans cette épaisse lumière blanche. Pas vraiment serein Camille porte à son épaule le fusil. Sait-ton jamais ! Au pays de l’ours polaire ce serait vraiment imprudent de progresser sans. L’ambiance est très mystique et c’est exactement l’image que j’en avais avant d’arriver.

La lumière transperce de bleus reflets dans les glaciers.

Oui tant il parait que le Groenland est baigné de soleil plus de 200 jours par an.

Jour 7 : Retour vers Tasiilaq

6h50, c’est l’heure à laquelle notre avant dernier réveil sonne. Mais aujourd’hui se lever c’est plus difficile que ces derniers jours passés. Je pense que de mon côté c’est le stress du retour. Le thermomètre affiche – 7 C. La tente à tout de même givré.

Mais en l’ouvrant, c’est un autre spectacle qui nous attend. Un petit chien a décidé de profiter solitairement des doux rayons du soleil. Le poil encore givré par la fraicheur de la nuit, je l’ai observé quelques instants avec cette envie de le cajoler avant de le photographier.

Un moment tellement attendrissant que je l’aurais bien ramené avec nous. Habituellement en meute c’est en général impossible de les manquer mais ce jour là il était tout seul proche de nous comme pour nous dire Au revoir.

 

Pendant ce temps, Camille s’active à brosser la tente pour ôter le givre.

Chacun reprend ses tâches, pour Camille la préparation de l’équipement, du matériel et pour moi, réorganiser et ranger nos matelas, nos duvets, dans nos sacs respectifs.

Finalement, c’était appréciable d’avoir un seul et même point de chute pour ces trois dernières nuits.

Et pourtant il faut déjà quitter ce magnifique petit village du bout du monde. Ce petit point à peine visible dans ce fjord de l’est. Je rechausse mes skis minutieusement préparés par Camille, je réinstalle mon harnais que je fixe dans les mousquetons ma pulka.

Le cœur un peu serré on passe dire au revoir et remercier IDA, la femme de Kristen à son magasin, les enfants comprennent que nous partons et nous saluent. Ils sont dehors en plein cours d’EPS à jouer au ballon.

Le retour

Ce retour est un peu moins excitant que pour venir, nous empruntons approximativement le même itinéraire. La bonne surprise c’est que la sensation de progression est différente. J’entends par là que nous sommes beaucoup moins chargés que le jour de notre départ.

Le paysage semble paradoxalement nouveau. La visibilité étant nettement meilleure, j’ai pu apercevoir les montagnes et des sommets abrupts.

C’est difficile pour moi d’avoir beaucoup d’entrain pour ce retour car je connais les difficultés. Je me corrige, je pensais connaitre toutes les difficultés…  Camille décide de me soulager en me portant ma pulka. Je le regarde s’arnacher et hop c’est parti 2 pulkas l’une derrière l’autre. Il enfile plusieurs kilomètres pour me soulager. En chemin nous parlons beaucoup, on se retourne pour apprécier la vue sur le village de Tinetiqilaaq. 

Mais en plus de beaucoup parler ce que j’adore durant cette expédition c’est notre système de descente made in 1duvetpour2 !

On accroche respectivement nos skis et bâtons à chacune de nos pulkas et c’est parti pour une descente dans ces immenses étendues blanches. Que du bonheur. Une belle sensation de glisse, mais avec la vitesse, je parviens difficilement à freiner avec mes pieds. Je reçois sur mon visage comme de la glace pilée. Ce n’est plus vraiment le moment de faire de la luge. On reprend nos esprits, il ne reste plus que quelques kilomètres.

C’est un peu comme une sortie en traineaux à chiens mais sans les chiens !

Nous avons passé la partie la plus difficile et effectué les 750 m D +. Le moral revient petit à petit.

Il fait à peine 1 degré. Je ne ressens pas le froid. Constamment en dynamique, on n’a pas le temps de se refroidir. Un peu pressé par le temps, Camille donne le tempo à la lecture de sa montre et du temps passé. On doit atteindre avant la tombée de la nuit notre refuge du premier jour.

Je ne m’inquiète pas vraiment quand à sa disponibilité. J’imagine qu’elle ne sert qu’en été lorsque les lacs ont dégelé. L’atmosphère est plus que grisâtre. Il se met à neiger abondamment. Et quand le ciel redevient sombre ça ne présage pas une bonne dernière journée d’expédition.

Ce jeudi 22 mars 2018, on parcourt  20,79 km et 765 D+  en 7h13 à 2,9 km/h.

Et comme c’est le dernier soir, que nous sommes isolés dans cette cabane perdue au milieu de ce fjord de l’est on décide de faire un gros festin. Pas d’économie sur la nourriture. Couscous au poulet, petites pâtes aux légumes et soupe forestière. On savoure, on rigole et on profite de ces derniers moments avant de se jeter dans nos gros duvets d’expédition.

On ne le sait pas encore mais le lendemain ce dîner copieux n’était pas de trop.

Jour 8 :  garder confiance en soit malgré la perte de repères

Réveil à 5h30, durant la nuit, nos dernières petites bougies se sont consumées. J’ouvre la porte en bois de cette petite cabane de fortune en faisant attention de ne pas m’empaler les mains avec les clous pointes apparentes.

Le paysage est totalement blanc, vous me direz comme tous les matins ! Je n’aperçois plus nos traces de skis de la veille. C’est le moment le plus angoissant.

Il reste un peu plus de 22 km et nous n’avons aucune visibilité avec toute cette poudreuse. On prépare nos pulkas. Camille récupère de l’eau à la rivière et j’installe les peaux de phoques sur nos skis.

Allez c’est parti pour la dernière partie. A l’abri du vent, dans le sillage de Camille, je le suis aveuglement. Cagoule sur la tête et masque pour me protéger j’affronte les éléments. Cette expédition on la savoure dans les plus bons comme dans ces mauvais moments. Et puis je peux le dire cette pulka adorée, je commence véritablement à la détester. Et pourtant c’était vraiment l’indispensable de ce projet, notre maison mobile pour ne rien oublier. Sans elle nous n’aurions pas pu transporter notre matériel de bivouac, notre nourriture et nos habits.

On revient donc au besoin primaire : se loger, se nourrir et se vêtir.

Toute cette poudreuse me démoralise, on avance sans être vraiment certains de l’itinéraire, Camille s’arrête toute les trente minutes, regarder notre carte en papier. Et puis comment lire ce relief tout enneigé. On ne croise personne, pas une moto neige, pas un traineau à chiens. C’est l’angoisse pour moi.

Je vois le visage de Camille se tirer comme au premier jour.

La difficulté s’accentue quand il reste devant à m’ouvrir le chemin dans la poudreuse. De la neige a mi-mollet, les skis totalement dissimulés. J’avance tête baissée en rêvant de notre arrivée. Arrivée au lac, soit à mi-chemin, je passe devant Camille pour récupérer ma pulka bien plus légère qu’à l’allée.

Je force Camille à manger une barre énergétique saveur chocolat/cacahuète. La barre est tellement glacée qu’elle casse à chaque bouchée.

Par moment, je pense reconnaître le chemin sans pour autant savoir me repérer. Tout repose sur la lecture de Camille. Je ne dis rien prostrée dans le silence. Chacun de nous a bien compris que ce n’était pas le moment de craquer.

Tout au long de l’expédition, je me refais le film de ce que nous avons vécu. Des images plein la tête mais surtout ce sentiment d’être partis 1 mois. Ça vous fait ça à vous aussi ? Et c’est à la fin du lac que Camille commence à douter de l’itinéraire. On part donc sur notre gauche en direction de sommet que nous n’avions pas vu la première fois.

Force est de constater que nous nous sommes trompés. Camille s’énerve de ne pas trouver du premier coup et de voir sa mémoire lui faire défaut. Je vous laisse imaginer la suite…. Un couple perdu en pleine nature, épuisé et affamé doit s’armer d’une bonne dose de patience pour laisser passer la colère. Puis finalement, Camille reprend ses esprits et décide de faire demi-tour. La neige colle de plus en plus sous nos skis. On ne glisse plus du tout et il faut lever à chaque fois les skis de la poudreuse. C’est épuisant et désespérant.

Mais 3 kilomètres plus tard et à la moitié de notre parcours (12 km) on retrouve des traces. Quel bonheur ! Des traces de chiens de traîneaux. On continue plus sereinement le retour. Plus détendu, nous voila rassurés c’est certains nous allons y arriver.

Dernière ligne droite,

5 kilomètres avant de regagner Tasiilaq, on croise un traîneau à chiens dans le virage. Je ne parviens pas à me déplacer rapidement sur ma droite. Pas le temps de comprendre ce qui m’arrive, je me retrouve dans le cordage de cette douzaine de chiens de traineaux. Un chien passe par ma gauche, l’autre à droite et là c’est le piège. Bloquée et emmêlée dans cette toile d’araignée géante, je me retrouve à  terre en train de crier.

Le musher ne parvient pas à les arrêter et c’est donc sur 20 mètres qu’ils me trainent dans la neige. Comme la frayeur n’avait pas suffit, l’un d’entre eux a décidé de me mordre au niveau des trapèzes. Je ne vous cache pas avoir eu assez peur. Rien de méchant de leur part mais sans doute un reflex de défense. Il faut dire que j’ai fait un sacré bazar dans leur attelage. Résultat, une belle frayeur, des larmes de sanglots comme une enfant et un nouveau bâton de cassé.

La dernière ligne droite m’a semblé terriblement longue, Camille complétement à bout se décomposait.

A peine passé le petit port, c’est comme si mes jambes à bout semblaient vouloir continuer. Comme un automatisme, une machine qu’on avait soudainement arrêtée. Finalement on était maitre de ce corps qu’il fallait a tout prix ramener avant l’annonce de cette tempête. Une drôle de sensation qu’il m’est difficile de vous raconter.

Après 24, 3km en 8h33 et 245 D+, on est rentré comme des gagnants.

Robert nous a accueillis les bras ouverts. Il m’a regardé et m’a tapé l’épaule avant que Camille décide d’immortaliser le moment tous les trois avec notre polaroid.  Deux Danoises croisées la veille à TINITEQILAAQ nous félicitent à leur tour. Elles insistent en se tournant vers moi  et me couvrent de compliments « you are a winner ». Le fait d’être une femme les a d’autant plus impressionné. Alors plutôt que de baisser timidement la tête et rougir, j’ai essayé d’accepter le compliment. C’est toujours gênant d’en recevoir mais il faut apprendre à être fière de soi. C’est important dans la vie. (Note à moi-même).

On échange quelques mots avec Robert en lui faisant part des difficultés mais aussi du bonheur du chemin parcouru. Nous ne sommes pas les seuls bien évidemment à effectuer ce parcours et pas non plus les derniers. Il y a du passage à la Red House. Gentiment Robert nous a apporté spontanément nos serviettes de bain. Je peux vous dire que j’ai foncé la première sous la douche brulante, savourer ce moment tant attendu depuis quelques jours. Oui, oui c’est l’une des meilleures douches de toute ma vie !

La toilette de chat c’est sympa mais 6 jours consécutifs je peux vous assurer que c’est vraiment la délivrance et Camille partage également ce ressenti.

 

Jour 9 : La fin de l’expédition mais le début de nouveaux projets

Tout au long de l’expédition, je refais le film de ce que nous avons vécu.

Des images pleins la tête mais surtout ce sentiment d’être partis longtemps. Avez-vous déjà ressenti ça aussi ? Cette sensation du bout du monde, de dépaysement le plus total alors que vous n’êtes partis que 10 jours. Je peux pour dire que cette expédition nous a grandis, soudés et émerveillés.

Le Groenland du sud-est plus confidentiel que l’Ouest. Un émerveillement. Un rêve qui prend tout son sens dès notre arrivée imprévue dans le village de Kulusuk. Une lumière intense et une vie comme je n’aurais pu me l’imaginer. Les gens d’une gentillesse à notre égard et contre toute attente plutôt en recherche de contact malgré la barrière de la langue.

Nous étions loin d’imaginer que cette aventure face au 66° nous aurait autant plu.

Ceci n’est pas la fin de nos récits puisqu’une vidéo est prévue pour la rentrée avec une surprise.

Une surprise que je peux vous dévoiler aujourd’hui ! Celle de la première exposition d’1duvetpour2 à la Rentrée et à Bordeaux, en collaboration avec Pixum.

Pour celles et ceux qui sont sur place,  on espère vos voir nombreu(ses)x et pour les autres, venez par chez nous,  on sera ravi de partager cette projection et ces photos à vos côtés.

Conseils aux Voyageurs 

Cette expédition a été réalisée sans l’aide d’une agence, sans l’aide d’un guide. En totale autonomie, nous avons emprunté cet itinéraire en plein hiver.

C’est important pour nous de vous alerter sur les dangers avant de s’embarquer dans cette aventure extrême. Les conditions n’ont pas été idéales bien que la météo nous ai préservé des températures TRES négatives.

Aussi, Camille a une vision plutôt précise de la montagne et sait se repérer à l’aide d’une carte et de la boussole. Des années d’expériences et notamment lors de nos week-end dans les Pyrénées.

En logeant à la Red House, Robert Peroni, véritable mine d’information se fera un plaisir de vous dévoiler ses précieux conseils.

Un véritable défi pour nous de partir en ski nordique et pulka, de belles sensations de glisse avec l’apprentissage de la maitrise de nos pulka.

Première fois en ski nordique pulka, première fois en bivouac hivernal, premier baptême en hélicoptère et de manière générale première fois au Groenland. Ça en fait beaucoup de premières fois pour un voyage de 10 jours.

Je peux le dire, je suis fière de nous, d’avoir partagé une nouvelle fois cette expérience à deux, même si nous étions chacun dans notre duvet. Une véritable force découverte il y a quelques années et qui se confirme encore avec cette expédition au Groenland en mars dernier !

 

Expédition réalisée du 15 mars au 25 mars 218 

 

 

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14 commentaires

  • Répondre
    Paul Robida
    11 août 2018 at 19 h 34 min

    Beau voyage qui donne envie.
    Bravo.

    • Répondre
      Unduvetpourdeux
      12 août 2018 at 21 h 21 min

      Merci beaucoup, un voyage qui marque en effet. Je te le souhaite vraiment si le Groenland fait parti de tes projets !

  • Répondre
    alicetrsnl
    12 août 2018 at 9 h 03 min

    Je viens de finir la lecture – mille mercis pour ce récit, pour avoir partagé si profondément tes ressentis ! ça force le respect. Il me tarde maintenant de voir le film !
    En tout cas, je trouve ça vraiment très chouette de joindre l’utile à l’agréable : à la fois vous faire plaisir et vous mettre au défi de réaliser cette expédition, mais aussi de recueillir des témoignages qui sont importants pour la prise de conscience collective du changement climatique. Bravo à vous deux !

  • Répondre
    Sophie
    12 août 2018 at 15 h 33 min

    Merci pour ces récits!! Quelle expédition !! Et les photos sont magnifiques!! Quad vous êtes tous les deux dessus, vous avez utilisé quoi ? surtout dans de tels conditions ? Vos batteries ont tenu ? En tous cas ! Bravo !! Quelle expérience magique !

  • Répondre
    Priscilla
    14 août 2018 at 10 h 27 min

    Ce récit de voyage est magnifique et bouleversant tout comme les photos prises ! Merci de partager toutes ses sensations !
    Malgré la chaleur de l’été, une partie de mes pensées seront au Groenland aujourd’hui !
    Vivement les prochains voyages et récits ! bonne journée

  • Répondre
    Alice
    14 août 2018 at 15 h 32 min

    C’est fou ! J’ai commencé à lire l’article dans mon train, et puis finalement, j’ai attendu d’être à la maison, pour le relire au calme, pour pouvoir noter tout ce que j’avais à vous dire en le lisant !

    Je ne sais pas par où commencer tant ce récit m’emporte ! De ces rencontres avec les enfants, les habitants et l’explorateur Robert Peroni, à ces paysages glacés grandioses, en passant par votre parcours en ski nordique et pulka, j’ai des étoiles plein les yeux ! Je sais que ça devait être très difficile mais je crois que je ne pourrais jamais m’en rendre réellement compte. Je comprends quand tu parles de corps en automatique, il faut avancer et même si les muscles sont épuisés, c’est le cerveau prend le relais. J’ai vécu ça à La Réunion (pas dans les mêmes conditions hein, on est d’accord ^^) et c’est vrai que c’est difficile à expliquer.

    C’est un mélange d’évasion, de contemplation et d’admiration que je ressens à la lecture de cet article. Et vos photos magnifiques ajoutent encore un peu plus de matière pour rêver !! J’ai eu le sourire tout le long, et quelques fois les larmes aux yeux en te lisant. J’ai l’impression d’avoir partagé cette aventure avec vous (mais sans le froid, les douleurs, la difficulté, les doutes, c’est de la triche ^^) et c’est un peu comme si je m’étais plongée dans un vieil Atlas ou dans ces reportages sur des paysages inaccessibles que je regardais quand j’étais enfant (et je crois d’ailleurs que j’avais ressenti les mêmes frissons en découvrant vos articles sur l’Égypte ou en Alaska) Pfiou ! Ces souvenirs vont vous hanter pendant longtemps ♡
    Je termine par un immense MERCI pour ces moments que vous partagez ici, j’ai tellement hâte de voir la vidéo maintenant ! Et surtout, encore un grand BRAVO les explorateurs, vous pouvez être fière et fier de vous (moi je le suis pour vous en tout cas haha !!)

  • Répondre
    Lolli
    15 août 2018 at 10 h 22 min

    Quel courage !! Quelles aventures incroyables !! Merci d’avoir partagé cela avec nous, c’est un régal de vous lire

  • Répondre
    Chris
    16 août 2018 at 21 h 02 min

    Whouuuuuu…c’est en lisant ce genre de récit que l’ont prend conscience de la simplicité et du plaisir que peux nous offrir une rencontre, un café, un sourire…
    Quitter sa zone de confort vous aura permis de surmonter non pas un terrain hostile, mais aussi aller au plus profond de vous pour réaliser votre rêve et surtout le finir avec pourtant une part de risque énorme du au climat, manque d’expérience en terre polaire en « isolé » et c’est ce qui fait de vous un couple d’aventurier et non pas juste des voyageurs passionnés.
    Votre quotidien en est la preuve avec les trails..vous aimez vous surpasser et cela s’est ressentis dans cette expé.
    Je peux m’imaginer par exemple le ressentis que vous avez eu en ouvrant la porte de cette cabane rouge devenue votre « protection » pour la nuit, le plaisir de se sentir en sécurité au milieu de nulle part, ça j’adore…
    Encore une belle expérience de vie partagée. Un tout grand bravo pour votre force tant physique que mentale.
    A très vite.
    Amitiés de Belgique.
    Chris

  • Répondre
    Marieke (les 3M)
    17 août 2018 at 9 h 32 min

    Bravo pour cet haletant récit d’une véritable performance physique et humaine. J’ai adoré toute votre épopée, ressenti vos doutes et votre fatigue (bien au chaud moi ). Et que de belles rencontres vous avez faites, pour ce qui ressemble vraiment au bout du bout du monde, côté paysages comme côté vie locale. Immense admiration pour ce défi relevé

  • Répondre
    Léa
    18 août 2018 at 19 h 17 min

    Wahou! Voici les premiers mots qui me viennent à l’esprit à la fin de la lecture. C’est extraordinaire.
    Je suis partante pour voir votre exposition de photos. Je suis de Bordeaux.

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    Le Monde de Tikal
    27 août 2018 at 10 h 40 min

    Quelle aventure ! Je voulais garder ce texte pour un moment de tranquillité, où j’étais pleinement disponible pour le lire et comme j’ai bien fait ! Votre récit est merveilleux et que dire des images ! Vos mots retranscrivent parfaitement ce que vous avez du ressentir sur place. La dualité de ce voyage entre difficultés et plénitude. J’ai adoré vous lire ! Bravo pour cette expédition magique…

  • Répondre
    Sébastien M.
    2 septembre 2018 at 16 h 38 min

    Un super récit, une aventure géniale et des photos magnifiques! Franchement dépaysant et ça donne vraiment envie de bâtir un tel projet!
    Félicitations à tous les 2 pour cette aventure
    Sébastien

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    Roxane et Jonathan - Beyondus
    12 septembre 2018 at 15 h 40 min

    On lit enfin ce récit que l’on était impatients de découvrir!
    Quelle aventure…
    On admire votre courage, bravo pour ce que vous avez accomplis et merci de partager ça avec votre communauté, ce sont des récits comme cela qui nous transportent et nous donnent un peu plus envie de vivre des expériences exceptionnelles et enrichissantes.
    On va faire en sorte de venir voir cette exposition! 🙂
    À bientôt

  • Répondre
    Violaine
    24 septembre 2018 at 10 h 21 min

    Quelle aventure extraordinaire ! Vraiment ! Quel récit, quelles photos et quel courage ! Tout est beau et on se laisse embarquer avec vous dans cette expédition, bien au chaud derrière notre écran certes, mais merci pour l’évasion et encore bravo !

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